Sidi Ahmad Ammar & Aurélie Picard Tidjani

dimanche 6 novembre 2011

Aurelie Picard Tijani
Sidi Ahmad Ammar Tijani

Aïn Madhi (le vieux Aïn Madhi) : Ksar pittoresque qui était le siège de la zaouia des Tidjania (confrérie fondée par Sidi Ahmad Abou Abbis Tidjani au 18ème siècle), elle connut des années de gloire.
Cette importante congrégation musulmane exerce son pouvoir religieux sur les nomades du Sahara et aussi, en bonne partie, sur la péninsule arabique, l’Egypte, la Tunisie, le Maroc et s’étendit jusqu’en Afrique Noire.

Palais de Kourdane

Kourdane : à quelques kilomètres d’Aïn Madhi, on y trouve l’ancien palais des Tidjani. Une grande demeure entourée de jardins à la française garde le souvenir de sa fondatrice Aurélie Picard, une Lorraine née le 12 juin 1849 à Montigny-le-Roi en Haute-Marne.
Fille de gendarme, elle a suivi son père revenu d’Algérie, affecté à la brigade de gendarmerie d’Arc-en-Barrois dans l’est de la France.

Les Tidjanias sont considérés comme fidèles à la France. Pourtant une attitude, jugée suspecte à l’égard d’une tribu rebelle, a amené les autorités françaises à placer Si Ahmed et son frère en résidence surveillée à Alger.
En 1868 les Ouled Sid Cheikh sont révoltés contre la France, une petite tribu isolée, affiliée à la confrérie Tidjania, n’a pas d’autres choix que de se ranger du côté des insurgés ; puis pensant qu’elle a commis une erreur ou prise de remords, elle (tribu) demande à Sidi Ahmad Ammar Tidjani de négocier avec les Ouled Sid Cheikh leur retrait de la révolte.
Sans informer la France de ses intentions Sidi Ahmad Ammar Tidjani, qui par ailleurs exerce la fonction de Caïd rencontre les insurgés. Inadmissible aux yeux du commandement Français, malgré son aide apportée au Colonel de Sonis à la porte d’Aïn Madhi pour vaincre les Ouled Sid Cheikh, il fut arrêté et exilé pendant un an à Alger.

La guerre de 1870 leur offre une possibilité de sortir de leur isolement. Sidi Ahmad Ammar Tidjani a 20 ans, détenteur de la divine baraka, il est le maitre de la Voie " El Tarika" car il est le fils du Grand Maitre, érudit et respecté, Mohammed es Seghir connu aussi sous le nom de Mohammed El habib et d’une de ses concubines hartanies (sont les habitants noirs des oasis du nord de l’Afrique). Il est accompagné de son demi-frère Sidi Bachir Tidjani.
Ils étaient en France car ils avaient accepté d’aller rendre visite et féliciter les tirailleurs algériens qui s’étaient illustrés à Wissembourg (Alsace), au nom de l’ensemble des autorités musulmanes d’Algérie. C’est ce qui explique leur présence à Bordeaux dans une période si troublée.
La défaite de Sedan face aux troupes de l’Empereur d’Allemagne conduit le gouvernement à quitter Paris pour Bordeaux. Cette situation de défaite de la France est propice à faire naitre des troubles en Algérie. La France retient Sidi Ahmad sur son sol, sachant que cette présence garantit le calme au moins dans les tribus qui lui sont rattachées.

Sidi Ahmad porte le costume traditionnel qui n’a de rien de commun avec celui d’un Européen, son visage est d’un noir d’ébène. Il croise souvent, au "Grand Hôtel " à Bordeaux où ils sont logés, Aurélie les bras chargés de pigeons voyageurs qui apportent chaque jour les messages du Gouvernement. Il finit par la demander en mariage. Le père d’Aurélie n’est pas opposé à ce projet, mais avant que ne s’engagent des pourparlers, il demande à Sidi Ahmad certains engagements : le mariage sera célébré à Alger, selon le code civil. Il est alors convenu qu’on se rendra à Alger, d’où il sera plus aisé de remplir les formalités préliminaires à l’union. Le 29 juillet 1871, Claude Picard et sa fille, ainsi que Sidi Ahmad et sa suite, s’embarquent sur le Duc d’Aumale à destination d’Alger. Cependant les deux candidats au mariage se heurtent à une opposition formelle, tant de la part de l’administration française que du Cadi d’Alger, en raison de l’incompatibilité de leurs statuts personnels. C’est grâce à l’intervention de Mgr Lavigerie que les difficultés s’aplanissent. Le couple est béni par l’archevêque d’Alger et le mariage musulman sera célébré par le moqqadem principal des Tidjani d’Alger Bou Kandoura. Aucune abjuration n’est demandée. Elle quitte alors les siens et part vers l’inconnu.

Entreprendre le voyage qui va la conduire à la zaouïa d’Aïn Madhi relève de l’audace la plus extrême. Ce sont plus de vingt journées de chemins caillouteux et de mauvaises pistes qu’il faut affronter au sein d’une caravane où elle ne connaît personne, dans un monde qu’elle ignore totalement et où jamais aucune Européenne ne s’est aventurée. Au bout de la route, dans ce monde fermé, il faudra qu’elle assume son rôle de compagne de chef de confrérie et aussi faire face aux familles des épouses répudiées, car il yen a trois. Aurélie refuse le chameau, monture qu’elle ne connaît pas, et fait le trajet à cheval, aux côtés de Sidi Ahmad. La caravane. aborde les hauts plateaux, immenses. A l’approche du Sahara, le sable remplace les cailloux. Arrivée à destination, Aurélie observe, se fait discrète, et s’affirme sans toutefois heurter. Elle s’emploie à nouer des contacts, soucieuse de ne plus faire figure d’étrangère. Elle assiste à certaines des audiences de son mari et multiplie les promenades dans les oasis à la rencontre des plus humbles. Elle apprend l’arabe qu’elle finira par parler parfaitement ; elle lit les textes religieux et s’imprègne des pensées et des principes de la zaouïa. Faisant preuve d’un extraordinaire esprit d’adaptation, elle gagne les sympathies. Son savoir-faire, son écoute attentive, sa patience, sa bonté, font merveille. Elle se voit appelée avec affection et respect " Lalla Yamina " ou " Madame Aurélie ". C’est une consécration.
Vient le temps de l’action. Son influence sur son mari grandit au point qu’elle devient, de fait, le véritable surintendant de la Confrérie. Très vite, elle s’attaque à la concussion, à la gabegie financière et elle institue un strict contrôle des dépenses. Elle estime que les actions charitables de la zaouia doivent prendre un caractère plus constructif que le simple don de produits alimentaires. La Confrérie se doit d’aller plus loin. Il importe de donner aux plus démunis le moyen de rétablir leur dignité et de gagner eux-mêmes leur vie. D’où le devoir d’instruire, d’éduquer, de procurer du travail.
Avant de pouvoir passer à de telles entreprises, elle fait venir d’Alger des médicaments, forme des aides soignantes, donne des conseils d’hygiène. L’infirmerie, l’hospice qu’elle crée accueille bien vite tous les malades de la région.
En 1882, elle ouvre une école et réussit même le tour de force d’y scolariser aussi les filles. Une école-ouvroir y est adjointe. Le succès répond rapidement à ses prévisions et l’incite à aborder, un plan plus ambitieux encore. Les possibilités de l’agriculture moderne lui paraissent constituer la bonne voie. Mais où créer la " ferme-pilote " dont elle rêve ? Elle se transforme en bâtisseuse.
Au cours de ses randonnées à cheval, Aurélie a découvert et aimé un point d’eau qui n’abreuve rien d’autre qu’un énorme pistachier. C’est le lieu qu’elle choisit pour établir sa demeure, le siège de la Confrérie et la ferme modèle qu’elle désire. Il n’y a qu’une petite source. Les ressources en eau vont être multipliées, grâce au forage de plusieurs puits, équipés de norias et au captage de l’eau d’un oued dévalant des pentes du Djebel Amour. En quelques années les surfaces irriguées et cultivées atteindront 600 hectares au profit des plus pauvres. Un village y sera construit qui abritera plus de 200 familles. En 1883, à 6 km d’Aïn Madhi, au pied des derniers contreforts du Djebel Amour, dans une plaine où végètent de rares touffes, est entreprise la construction d’un domaine qui apparaît comme un défi au désert : " Kourdane ". En quelques années vont apparaître dans ce coin du Sahara qui, jusque là, n’avait vu s’implanter d’autres demeures que celles, éphémères. La zaouïa a définitivement cessé de représenter une menace au colonialisme français. D’après les vieux de Aïn Madhi, cette « reine » avait une forte influence sur son vénéré époux
Elle défendit hardiment sa confrérie et poursuivit l’œuvre de son mari.

Kourdane se signale par de hauts cyprès, un bouquet de hauts palmiers et un vaste verger au centre duquel se dresse un pavillon hexagonal décoré de céramiques. Plus personne n’habite la maison depuis la mort de la vieille dame.
Dans les années passées, Kourdane était encore debout. Les jardins n’étaient plus entretenus depuis bien longtemps. L’intérieur avait été respecté, le salon de nacre Syrien qu’Aurélie avait acheté à Alger en 1880 existait encore.
La photo de son cheval "El Ghazal" était encore suspendue au mur et le piano droit trônait dans le salon, ainsi que sa photo et celle de Sidi Ahmad Ammar. La décoration et l’ameublement illustrent le conte de fée que vécut la petite Lorraine.
Le tombeau de Sidi Ahmad Ammar, continue à être l’objet de la piété des fidèles Tidjanis. Les non-musulmans ne sont pas admis.
La Kouba de Sidi Ahmad Ammar est dans le jardin de Kourdane. Elle est volontairement construite autour du pied du Betoum de leur amour. Le tronc sort par le toit. C’est Aurélie qui l’avait fait construire ainsi en 1899, l’année durant laquelle le corps de son époux avait été retenu par les Mokkadems de la Zaouia de TEMACIN.

Après la mort de Sidi Ahmad Ammar en 1897 Aurélie a contracté un mariage avec son successeur Sidi Bachir Tidjani et, à la demande de tous, a conservé ses fonctions. Rentrée en France métropolitaine pour la première fois, après quelques soixante années passées sur la terre d’Afrique, elle y est revenue très vite, appelée de nouveau par les successeurs de Sidi Bachir Tidjani.

Sa grande œuvre a été heureusement reconnue par la France qui, après lui avoir accordé le Mérite agricole, au début du siècle, l’a nommée chevalier de la Légion d’honneur peu avant qu’elle ne disparaisse ; elle reçut les insignes correspondant à son grade à Sidi-Bel-Abbès, des mains de l’inspecteur général de la Légion étrangère.

Aurélie repose sous une dalle très sobre, dans l’ombre des arbres qu’elle a aimé, près du pavillon décoré de céramiques.
Il est inscrit sur sa tombe :
« Ici se trouve la tombe de Mme Aurélie épouse du Sidi Ahmad Ammar petit-fils du Ghaouth Sidi Ahmad Tidjani. Décédée avec la foi musulmane par l’attestation de tous les Musulmans qui l’ont connu dans la Zaouiya de Kourdane, Agée de 84 ans, le lundi 28 Août 1933. » .

Aurelie Picard et les soeurs
Tombeau d’Aurelie Picard
Légion d’Honneur

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